Jours 33 et 34 : l’eau, la forêt, ces biens communs à préserver

Le dimanche 3 juin, les marcheurs et marcheuses ont marché dans la ville de Thiers, notamment autour des anciennes usines de coutellerie et dans de beaux chemins forestiers. Nous avons visité l’orangerie de Thiers, lieu dédié à l’écologie en plein centre-ville, avec deux expositions passionnantes sur les arbres : l’une avec de très belles photos d’Olivier Mühlhoff de la série « Arborescences », la seconde imaginée par le collectif local Arbres citoyens : « Est-ce ainsi que les arbres vivent ? Les services rendus par les arbres ».

Ce collectif milite pour redonner toute sa place aux arbres dans les espaces publics et dans la ville. Cette exposition a été conçue dans le cadre de la labellisation de deux arbres remarquables dans la région. Cette classification (qui concerne le diamètre, la taille, l’espèce ou encore l’histoire de l’arbre) est assez rare. Seulement 500 arbres ont été classés « remarquables » par l’association ARBRES.

« Arborescences » d’Olivier Mühlhoff

 

Après un repas convivial au café associatif « Le Vol du Bourdon » à Thiers, nous avons ensuite assisté à la projection du documentaire Quel avenir pour nos forêts ?, réalisé par la FRANE (Fédération de la Région Auvergne pour la Nature et l’Environnement) dans le cadre de la semaine européenne du développement durable. Ce très beau documentaire explique l’importance de l’arbre et de la forêt pour lutter contre le réchauffement climatique, et aborde les questions de son adaptation à ces évolutions climatiques que nous connaissons aujourd’hui.

De longs échanges passionnants ont suivi la projection, autour de la question : « Quels liens faites-vous entre l’arbre et la santé environnementale ? ». Trois axes de réflexion ont émergé :
• L’axe santé et bien-être : plusieurs études montrent que plus on est entourés de vert, de forêts, plus notre bien-être augmente.
• La résilience et la phytodépollution : les écosystèmes forestiers nous apportent beaucoup d’informations (et de leçons !) sur leur capacité à s’adapter à leur environnement. Les forêts dépolluent en effet les émanations de nos agricultures industrielles, des stations d’épuration mal gérées, etc.
• La biodiversité : la forêt est un magnifique réservoir de biodiversité, qu’on ne connaît pas encore intégralement. Elle est aussi indispensable à notre médecine, puisque de nombreuses molécules proviennent des plantes. Il nous faut donc la sauvegarder pour préserver notre santé et pour mieux vivre !

Hubert Constancias, vice-président de la FRANE, a organisé cette étape de la marche. Il explique sa mobilisation pour la sauvegarde des forêts :

Aujourd’hui, deux principaux acteurs gèrent les forêts : les acteurs économiques et les chasseurs. Pour les premiers, la forêt est vue comme une ressource économique, un outil pour générer des rentrées d’argent, l’objectif est donc de la rentabiliser au maximum. Pour les seconds, la biodiversité est envisagée comme un outil de loisir, la forêt ne devrait pas seulement faire l’objet d’une gestion pour la chasse.

« Nous n’avons pas beaucoup de vraies forêts en France, car elles contiennent souvent une seule espèce, elles n’ont pas de biodiversité. La forêt devrait être vue comme un bien commun, pas comme une ressource financière », explique un bûcheron présent lors du débat

Il faut aujourd’hui développer un troisième axe : la gestion environnementale. Il faut une plus grande prise en compte des associations environnementales dans les politiques de gestion forestière. Il est primordial que ces forêts ne soient pas seulement vues sous le prisme économique ou ludique, mais réellement comme un bien commun utile à tous.

Sur les routes d’Auvergne !

 

Le lundi 4 juin, les marcheurs ont cheminé de Peschadoires jusqu’à Ravel. Le moment phare de cette journée fut le débat, en soirée, consacré à l’eau, sur le thème « L’eau que nous buvons est-elle saine ? Nos actions pour lutter contre les pollutions sont-elles suffisantes ? ».

Nous sommes ravis d’avoir pu accueillir plusieurs intervenants aux parcours divers :
Nicolas Bonnet, adjoint à l’environnement de la ville de Clermont-Ferrand
Daniel Bideau, vice-président d’UFC que choisir
Marie-Christine Belouin, conseillère municipale et vice-présidente du syndicat d’eau de Basse-Limagne
Sébastien Gallego, directeur technique du syndicat d’eau (SIAEP) de Basse-Limagne et ancien salarié chez Veolia
Michèle Rivasi, députée européenne

Clermont-Ferrand est une ville qui dispose d’une gestion publique de l’eau depuis plus de 100 ans. C’est assez rare, puisqu’environ 200 communes dans le monde fonctionnent ainsi, en régie publique. Ce mouvement de remunicipalisation de la gestion de l’eau est en plein essor. Ainsi, l’eau est peu chère pour les habitants car aucun profit n’est tiré de la gestion des réseaux d’eau potable, contrairement aux pratiques de certains acteurs privés comme Veolia.

« Il faut absolument que les citoyens se réapproprient la gestion de l’eau en régie directe, car l’eau est un bien commun, il faut la préserver » (Michèle Rivasi)

A Ravel, l’eau est gérée par une société mixte locale, mix privé-public (avec une plus grande partie en gestion publique). Cela permet ainsi de réinvestir les bénéfices dans la gestion du réseau, et d’éviter les fuites. Nous avons aussi évoqué un reportage de Cash investigation sur ce sujet (L’eau, scandale dans nos tuyaux).

Le débat s’est ensuite orienté sur la qualité de l’eau : polluants, teneur de l’eau potable, gestion des aires de captage d’eau (ACE)… De nombreuses pollutions sont liées à l’agriculture industrielle et à l’utilisation de produits phytosanitaires (glyphosate, engrais avec augmentation de produits nitrés dans l’eau, etc.).

« Les stations d’épuration sont très consommatrices d’énergie. Économiser l’eau c’est aussi bon pour la sortie du nucléaire ! » (Nicolas Bonnet)

Débat sur l’eau à Ravel

 

Sébastien Gallego, directeur du syndicat d’eau de Basse-Limagne et ancien salarié chez Veolia, a précisé que les acteurs locaux doivent pouvoir protéger les espaces naturels pour obtenir une eau plus saine, sans produits toxiques. Or certains obstacles empêchent cette préservation, notamment pour les syndicats.

« Les syndicats n’ont pas les compétences suffisantes. Pour préserver la qualité de l’eau, il faut que nous puissions acheter les terrains autour des captages d’eau potable, et en faire des espaces raisonnés, avec de l’agriculture biologique ou des espaces naturels protégés. » (Sébastien Gallego)

Enfin, un tour de table a permis un dernier échange sur le rôle des agences de l’eau. Agences étatiques, elles disposent de moyens financiers très importants. Elles réinvestissent aujourd’hui l’argent de nos factures dans l’aide aux agriculteurs, les stations d’épuration, le financement d’études… Ces actions sont-elles utiles pour la préservation de notre environnement ? Ne faudrait-il pas réformer fondamentalement ces agences de l’eau ?

« Les élus doivent se bagarrer, ils doivent avoir du courage. Ils doivent demander des mesures sur toutes les molécules de l’eau et pas seulement sur le règlementaire. C’est seulement comme cela que nous pourrons voir si l’eau est de bonne qualité et ainsi préserver notre ressource en eau, et donc notre santé » (Michèle Rivasi)

La marche est sur Clermont-Ferrand les 5 et 6 juin… A suivre !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *