Jour 57 : Évry, laboratoire tragique du Grand Paris

Mercredi 27 juin, une délégation de marcheurs s’est rendue à Paris pour une importante mobilisation : une action devant le Ministère de la Santé, pour dénoncer le nombre croissant de scandales sanitaires souvent ignorés par les autorités, puis la création d’un cimetière aux invalides, une croix représentant un scandale sanitaire. Une dizaine de médias étaient présents pour couvrir cette matinée.

Même si nous n’avons pas encore été reçus par la Ministre de la Santé, nous avons pu présenter devant le Ministère notre marche des cobayes, expliquer l’importance de prendre en compte les victimes et l’urgence d’appliquer le principe de précaution face aux nombreuses questions environnementales et sanitaires qui se posent aujourd’hui.

Pesticides, OGM, sang contaminé, médiator, déracine, aluminium, chlordécone, boues rouges, mercure, malbouffe, amiante, perturbateurs endocriniens… De nombreux produits toxiques font l’objet de véritables scandales sanitaires, certains connus, certains encore ignorés. Quasiment à chaque fois, l’industriel mis en cause refuse de reconnaître sa responsabilité dans la pathologie provoquée par ces produits toxiques. Jusqu’à quand ?

L’une des revendications de cette marche des cobayes, c’est d’inverser la charge de la preuve. C’est-à-dire que ce n’est pas à la victime de prouver la défectuosité du produit, mais à l’industriel. Il y a encore du travail à faire pour que les lignes bougent réellement, les lobbies étant très présents dans les domaines de la santé et de l’environnement.

Quatre portraits de marcheurs ont été réalisés par Reporterre à cette occasion : Camille pour l’aluminium vaccinal, Naggia pour la pollution des quartiers nord à Marseille, Marie pour le Lévothyrox, Jean-Marc pour la pollution provoquée par les usines.

L’autre délégation de marcheurs a rencontré les délégués syndicaux sud santé 91 du centre hospitalier sud francilien (voir le Facebook live). Ils nous ont parlé de leurs conditions de travail, des hôpitaux qui manquent de personnel, du manque de places pour les patients, des urgences surpeuplées (230 cas par jour pour une centaine de personnel), des nombreux problèmes logistiques (pas assez de blocs opératoires ouverts notamment), du statut précaire des salariés (souvent embauchés en CDD)…

Par ailleurs, en attendant l’installation du grand hôpital de Saclay (voir débat du soir), plusieurs hôpitaux sont en train de fermer. Par conséquent tous les patients vont venir à cet hôpital et continuer d’engorger les urgences et les blocs opératoires.

Les délégués syndicaux ont mentionné l’augmentation des maladies chroniques et respiratoires. Comme le territoire est très pauvre, les problèmes de santé augmentent et la problématique sociale est donc très présente au cœur de l’hôpital. Pour « l’anecdote », l’hôpital bénéficiait d’un label écologique en 2012 lors de sa création, car il possédait une chaudière à copeaux de bois. Or cette chaudière n’a quasiment jamais fonctionné : trop souvent en surchauffe constante, car trop petite pour chauffer tout l’hôpital, elle a explosé et n’a jamais été remise en état depuis. Vous pouvez revoir le Facebook live qui retrace cette rencontre.

En fin d’après-midi, les deux groupes se sont retrouvés pour la visite d’un centre de géothermie à Grigny, ville la plus pauvre de France. Un chauffage collectif a ainsi été installé pour résoudre au départ des questions d’insalubrité de la copropriété de Grigny 2. Cela a ainsi pu permettre de baisser les charges de copropriété, grâce à un modèle écologique. C’est ainsi que l’écologie est entrée au service de l’économie, du social et de l’humain.

« Le centre de géothermie de Grigny permet d’économiser 15 000 tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent du rejet de 700 voitures. Une révolution sociale sur un territoire n’est possible que lorsque nous prenons justement soin de ce territoire. » Pascal Troadec (adjoint à la culture de la ville de Grigny, France Insoumise)

Le groupe s’est ensuite dirigé vers Fleury-Mérogis, pour une rencontre avec des associations locales, afin d’évoquer les scandales sanitaires de contamination des terres agricoles. Le Maire de Fleury-Mérogis avait prévu de dédier un champ à la culture de petits pois bio. Quelques jours après, des camions sont arrivés et ont enlevé la terre sur 2 mètres de profondeur. 15 jours après, d’autres camions ont déversé tous les déchets des travaux du Grand Paris, jusqu’à 5 mètres de profondeur. Le Maire a ensuite démissionné… Son adjointe, qui a pris sa suite, ainsi que le conseil municipal, n’étaient pas informée de ce changement..

Enfin, le soir, à Evry, nous avons organisé une soirée consacrée à l’aménagement du territoire et des grands projets dangereux pour l’environnement, notamment le Grand Paris. Etaient présents les collectifs Non à Europa City, Saclay Citoyen et Terres et cités.

Cyril Girardin, de Saclay citoyen, a parlé du projet de création d’un cluster de Paris-Saclay sur un site naturel et agricole, le plateau de Saclay, au sud ouest de Paris. Démarré en 2006, ce projet qui coûte 5 milliards d’euros a vu le jour sans aucune concertation avec la population. Vu le montant du projet, cela aurait du se passer autrement. L’une des questions que pose le collectif Saclay citoyen, c’est de savoir si l’aménagement du plateau se fait dans des dispositions règlementaires conformes à la loi (sur l’expropriation des terres agricoles, notamment). Pour en savoir plus sur ce projet, lire l’article de Reporterre.

« J’observe un décalage entre les problèmes environnementaux et les mesures qui sont prises au niveau du gouvernement. Elles ne vont pas assez loin par rapport à l’urgence des problèmes ! Je félicite la marche des cobayes de se mobiliser aussi intensément pour ces enjeux qui en ont tellement besoin » (Cyril Girardin)

Cyril Girardin

Laurence Gauthier a ensuite parlé des trois hôpitaux de proximité en nord Essonne (Juvisy, Orsay et Longjumeau). Étant situés sur des terrains de centre ville, qui représenteraient donc des gains potentiels pour les spéculateurs immobiliers, ils sont menacés de fermeture. L’argent récolté permettrait notamment d’investir dans le grand hôpital « high tech » de Saclay, qui aspirerait les autres. Pour Laurence Gauthier, c’est un désastre sanitaire programmé, puis 550 000 habitants sont concernés, les soins ne seront pas de meilleure qualité et cela ne répondra pas à la crise que connaissent aujourd’hui les hôpitaux. Un véritable désert médical en perspective…

Des collectifs demandent la mise en place d’assises locales pour que le débat viennent des citoyens, mais les autorités jouent, comme souvent, à cache-cache. Une pétition est disponible pour soutenir le collectif.

« Un grand hôpital high tech ne peut pas remplacer les hôpitaux de proximité. Nous assistons à une privatisation rampante de l’hôpital public… Tout cela sert à abonder la vitrine internationale de ce qu’ils veulent transformer en « silicon valley » française… » (Laurence Gauthier)

Laurence Gauthier

Blaise Martin est membre du collectif Non à Europacity, pour le Triangle de Gonesse. Ce collectif s’est constitué en 2011, en réaction à l’annonce du projet de centre commercial et de loisirs « EuropaCity », sacrifiant 80 hectares de terres agricoles fertiles du Triangle de Gonesse. Alors que l’existant pourrait être réhabilité sans condamner de nombreux commerces de proximité et des agriculteurs locaux, le choix est fait : ouvrir, en 2024, « le centre commercial de trop ».

« Ce projet qui s’inscrit dans le grand Paris est le symbole d’un modèle de développement démodé, fondé sur un urbanisme hyperspécialisé, aggravant la concurrence entre territoires » (collectif Non à Europacity)

Blaise Martin

Frédéric Viale, membre du collectif Non aux JO, nous a présenté les dégâts environnementaux liés à l’accueil des jeux olympiques. Anne Hidalgo, avant d’être élue, s’était prononcée contre ce projet. Après avoir été élue, elle a changé d’avis… Paris accueillera donc les JO en 2024, ce qui est un prétexte utilisé pour faire de nombreux travaux à Paris et sa banlieue et accélérer la création du Grand Paris… Voici un article complet sur la question.

« Il n’y a aucune réflexion menée sur la nécessité – ou non – de faire des jeux olympiques. C’est comme si c’était acté d’emblée, alors que cela pose de nombreuses questions environnementales, cela a provoqué de nombreuses catastrophes dans d’autres pays. » (Frédéric Viale)

Frédéric Viale

Enfin, Mickaël, citoyen engagé à Evry, a présenté des solutions pour agir localement. Il a présenté des initiatives comme la création d’une monnaie locale, la mise en place d’un collectif citoyen L’abeille, la présence de Fermes d’avenir pour développer l’agriculture raisonnée et locale, la monnaie libre ou encore des projets pour repenser le territoire dans le respect de l’environnement. Il a aussi évoqué la récupération de l’ancien hôpital de Corbeil-Essonne pour accueillir des personnes sans-abri et les aider à construire des projets d’agriculture durable.

Mickaël

 

Nous avons encore de quoi nous mobiliser après cette grande marche des cobayes…

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